Pollution en profondeurs

Une fosse océanique est une zone très profonde, étroite et longue se situant en général proche du continent.

                  

Durant la moitié du XXIème siècle, l’océan profond a subi l’empreinte de l’homme que ce soit lors des conflits armés (seconde guerre mondiale), d’essais nucléaires ou encore l’immersion de déchets nucléaires. Avec l’explosion de la période industrielle notamment dans le domaine de la plasturgie, de nouveaux déchets se sont ajoutés à la liste des polluants existants, impactant ainsi les océans. Ces polluants rejetés dans les océans sont sujets aux mécanismes physiques de dégradation (salinité, courants marins, rayonnement solaire etc) mais aussi à la dynamique des flux (eau froide plus dense) qui dispersent et concentrent les polluants dans les profondeurs océaniques (distribution bathymétrique).

 

Durant les dernières décennies, l’industrie plastique s’est développée de façon exponentielle, et à l’heure actuelle aucune solution viable n’a été trouvée. De nombreux chercheurs sont allés explorer les fonds marins afin de découvrir et de mieux comprendre ces milieux extrêmes encore mal connus. Les différentes expéditions océanographiques ont permis la découverte d’une biodiversité insoupçonnée mais aussi la fragilité de ces écosystèmes puisque de la pollution a été trouvée au point le plus profond de l’océan « Challenger Deep » à 11 033 m.

 

GETTY IMAGES/ISTOCKPHOTO
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Chaque année, nous produisons 322 millions de tonnes de plastiques dont plus de 5 millions de morceaux de plastiques flottent dans les océans, ce qui représente 250 000 tonnes.

 

En 2010, entre 4.8 et 12.7 millions de tonnes de plastiques ont été relâchés dans les océans et chaque année cette pollution s'accroit. C’est pourquoi de nombreuses recherches portent sur les problèmes des micro-plastiques et des microfibres (semi-synthétique) afin de caractériser leur impact sur les écosystèmes marins.

Avons-nous touché le fond ?

Alan Jamieson montre l'amphipode géant trouver à 7000 m de profondeur  Source: ©Oceanlab, University of Aberdeen
Alan Jamieson montre l'amphipode géant trouver à 7000 m de profondeur Source: ©Oceanlab, University of Aberdeen

Pour pouvoir répondre à cette question, nous allons nous intéresser aux travaux d’Alan Jamieson chercheur en écologie marine à l’université britannique de Newcastle. Ce chercheur et ses collègues ont produit un article montrant que même dans les profondeurs les plus extrêmes (7000-10890 m), on pouvait non seulement trouver du plastique, mais aussi des particules plastiques.

 

La majeure partie des plastiques océaniques sont visibles à la surface, mais au cours de leur dégradation, ils vont se désagréger en des milliers de microparticules. Ces microparticules sont quasiment invisibles à l’œil nu, car elles mesurent entre 0.1 µm et 5 mm. De par leurs petites tailles, elles sont bien plus facilement ingérées que les plastiques dits classiques. Certaines espèces sont plus touchées que d’autres comme par exemple les planctons, bivalves, cétacés et les crustacés (amphipodes) qui filtrent l’eau.

Afin de mettre en évidence les pollutions plastiques, Alan Jamieson s’est rendu sur 6 sites représentants 6 fosses océaniques (Japon, Izu-Bonin, Mariannes, Kermadec, Nouvelles-Hébrides et Pérou-Chili), à différentes profondeurs (7000-11000 m). A l’aide d’un entonnoir, trois espèces d’amphipodes lysianassides ont pu être collectés (Hirondellea gigas, Hirondellea dubia et Eurythenes gryllus) que l’on peut voir sur la photo ci-dessous. Sur chaque site, 10 individus de chaque espèce ont été prélevés.

 

De manière à ne pas contaminer les échantillons, le groupe de recherche a lavé le matériel de dissection et les supports avec de l’acétone puis les a rincés avec de l'eau distillée extra pure. Cette étape est primordiale pour ne pas fausser les résultats.

photographie des trois espèces d'amphipodes a) Hirondellea gigas, b) Hirondellea dubia et c) Eurythenes gryllus.  Source: Jamieson et coll./ Royal Society Open Science
photographie des trois espèces d'amphipodes a) Hirondellea gigas, b) Hirondellea dubia et c) Eurythenes gryllus. Source: Jamieson et coll./ Royal Society Open Science

Après analyse, les résultats étaient sans appel : on a retrouvé dans l'estomac des amphipodes non seulement des particules de plastique, mais aussi des fibres synthétiques. Sur les 6 sites analysés un minimum de 50 % des individus contenaient des micro-plastiques, et dans certains cas ce taux a atteint 100 % avec la fosse des Mariannes (Challenger Deep : 10 890m)

« Une partie de moi s'attendait à trouver quelque chose, mais pas au point d'avoir
100 % des individus du lieu le plus profond du monde ayant des fibres dans leurs
entrailles. C'est énorme », explique Alan Jamieson, chercheur en écologie marine à
l'université britannique de Newcastle.

Concernant les micro-fragments, sur les 90 amphipodes prélevés, 65 contenaient au moins un micro-fragment soit une part de 72 % des spécimens. Nous ne pouvons pas encore connaitre les conséquences de cette pollution sur ces crustacés mais comme a pu le dire Alan Jamieson: « C'est comme si vous avaliez une corde de polypropylène de 2 mètres et que vous espériez que ça n'ait pas d'impact sur votre santé ».

Morceaux de plastique retrouvé à 10,898 m de profondeur dans les fosses de marianne SOURCE: JAMSTEC ( Japan Agency for Marine-Earth Science and Technology)
Morceaux de plastique retrouvé à 10,898 m de profondeur dans les fosses de marianne SOURCE: JAMSTEC ( Japan Agency for Marine-Earth Science and Technology)

Conclusion

Les fonds marins sont encore très peu connus et de nombreuses espèces restent à découvrir. C'est un monde qui peut nous paraître très éloigné du nôtre, de par la forme des certaines espèces qui vivent là-bas. Mais il est primordial de le protéger, car les espèces marines sont toutes liées les unes aux autres. Elles forment une symbiose très complexe et très fragile. C'est pourquoi il est temps de changer les choses et d'inverser la courbe du déclin de toutes ces espèces.

 

Alors mangeons moins de poissons afin de privilégier les espèces pêchées avec une pêche certifiée durable et locale et diminuons notre consommation de plastique.

 

Selon la FAO (organisation des nation unies pour l’alimentation et l'agriculture) 33.1% des stocks mondiaux sont surexploités. Rien qu'en 2017, 92.5 millions de tonnes de poissons et fruits de mer ont été capturés soit quatre fois plus qu'en 1950.

 

Concernant les plastiques, ils ne peuvent se dégrader dans ces profondeurs extrêmes, car la lumière est inexistante et l’oxygène y est rare. Par conséquent, il est important de surveiller sa consommation de plastique afin d’éviter le suremballage. Privilégier le vrac à l’emballage individuel. S’informer sur les campagnes de nettoyage des plages qui peuvent être proche de chez vous. Et bien sûr ne rien jeter par terre. Nous pouvons faire des petits gestes au quotidien afin de préserver notre écosystème qui est fragile ! Un océan en bonne santé est vital pour la santé de notre planète. Donc agissons tous ensemble !

 

Léonie BINET & Arnaud ROCHA