Les impacts de la pollution sonore anthropique sur la faune

Qu’est-ce qu’un son et à quoi sert-il ?

Pipistrelle commune, Pipistrellus pipistrellus (source: inpn)
Pipistrelle commune, Pipistrellus pipistrellus (source: inpn)

Nous pouvons caractériser un son par sa fréquence, qui se mesure en Hertz, son intensité et son timbre. Nous savons que toutes les espèces allant de l’Homo sapiens aux invertébrés (plus spécifiquement chez certains insectes) communiquent avec des sons pouvant aller du grave à l’aigu. Ainsi, un Homme qui parle va produire un son de 125 à 300 Hz, un cri social de pipistrelle commune (pipistrellus pipistrellus) quand elles chassent en groupe, sera de l’ordre des sons aigus (entre 17 000 et 20 000 Hz). L’Homme perçoit des sons de 20 à 20 000 Hz, ce qui représente une large gamme. Au-delà de ce seuil, c’est ce qu’on appelle des ultrasons ; ces sons vont être utilisés par certaines espèces, notamment des chauves-souris tel que le petit rhinolophe qui émet des fréquences entre 105 000 et 110 000 Hz. Nous savons de même que si nous perturbons les chauves-souris dans leur sommeil (que ce soit par vibration ou bruit), elles ne reviendront plus dans leur zone de repos, ce qui réduira la grandeur de leur habitat.

Impact sur le milieu marin

A votre avis, la banquise est-elle silencieuse ? D’après Laurent Chauvaud, chercheur au sein de BeBEST, non. Effectivement, les sonars des bateaux ou même la houle se répercutent sur la glace ce qui émet « un bruit permanent de craquement et des sons ressemblant à des sirènes de pompier ». Le son dans l’eau est mille fois plus intense que dans l’air : « la vitesse du son est 5 fois plus rapide et va beaucoup plus loin : par exemple, le chant des baleines bleues, qui est un bruit de basse fréquence peut s’entendre à des centaines de kilomètres » (Delphine Mathias, experte en acoustique sous-marine de la société d’observation multimodale de l’environnement). Ainsi, la lumière ne pouvant percer les eaux que de quelques centimètres, c’est le son qui est le principal mode de communication entre les animaux. Il permet notamment la chasse des cétacés qui utilisent le son pour repérer leur proie (comme le phénomène d’écholocation des chauves-souris), mais il permet aussi aux récifs qui n’ont pas de système auditif de se repérer dans l’espace et de s’orienter dans le paysage marin.

éolienne offshore
éolienne offshore

Cette harmonie de sons est cependant perturbée par les installations humaines qui vont émettre des ondes et sons pouvant s’entendre à des kilomètres du point source. Par exemple, les plateformes pétrolières avec leur canon à sonde (utilisé pour sonder les fonds marins) sont entendues à des milliers de kilomètres… Pour les installations éoliennes, c’est la technique de fixation qui revient à planter un clou à l’aide d’un marteau géant. Et pour les navires que l’on rencontre régulièrement sur les eaux, ils s’entendent à plus de 50 kilomètres de là où ils se trouvent…

 

Quelles conséquences sur la faune marine ? Sous l’eau, les activités humaines représentent 89 % des enregistrements contre 31 %, 50 ans plus tôt.

 

Dans les années 90, un incident révèle l’impact de ces sons : 12 baleines à bec s’échouent sur les côtes grecques, la cause ? Un exercice de sonar réalisé par des marines de l’OTAN, menée en Méditerranée. Ce qui implique que les cétacés sont fortement impactés par le son. Effectivement, les baleines assimilent le bruit du sonar au son que va produire un orque, prédateur naturel de la baleine, lors de sa chasse.

Méduse d’eau douce, Craspedacusta sowerbii (source : inpn)
Méduse d’eau douce, Craspedacusta sowerbii (source : inpn)

Depuis quelques années, les scientifiques ont découvert que les invertébrés (tel que les méduses) étaient eux aussi impactés par ce son. Ces espèces s’orientent et se déplacent grâce à des organes vitaux sensibles à la pression de l’eau ainsi s’ils sont soumis à de forts vrombissements, ils arrêtent de se déplacer et meurent en quelques jours.

 

De plus, les navires masquent les communications des animaux, par exemple le homard (Homarus americanus) émet des bruits avec ses antennes pour éviter le combat avec un congénère, si ce son est compromis par nos activités alors les combats seront constant.

Impacts sur les oiseaux

Chouette Effraie, Tyto alba (source : inpn)
Chouette Effraie, Tyto alba (source : inpn)

 

 

Chez les oiseaux, nous observons une perte de territoire de reproduction, de zones d’alimentation, d’hivernage… L’augmentation du bruit induit une baisse des oiseaux nicheurs sur un territoire donné. Pour les rapaces nocturnes (chouette/hibou), qui vont utiliser les sons pour repérer leurs proies et se nourrir, les nuisances sonores vont les perturber dans leur chasse quotidienne.

Chevalier guignette, Actitis hypoleucos (source : inpn)
Chevalier guignette, Actitis hypoleucos (source : inpn)

 

Prenons l’exemple d’un exercice de tir de l’armée sur les îles de la Frise, ses tirs ont fait disparaître les reposoirs de bécasseaux maubèches (Calidris canutus) et des chevaliers (Actitis), qui sont allés se reposer dans une zone plus tranquille. Pour les oies des neiges (Anser caerulescens), qui ont été soumises à un appareil qui simule le bruit d’un compresseur, partent se nourrir à 3 km de cette zone et les oiseaux qui survolent cet appareil changent de direction à 90°.

Bernache cravant, Branta bernicla (source : inpn)
Bernache cravant, Branta bernicla (source : inpn)

 

 

Ainsi les activités humaines qui se sont vu développer sur les baies le long de la côte du Pacifique, ont fortement impacté les espèces qui venaient sur ces baies pour se nourrir. De ce fait, on a remarqué une perte de leur habitat ce qui a provoqué la diminution des populations (exemple de la bernache cravant (Branta bernicla)).

Impacts sur les amphibiens

Nous pouvons observer des impacts sur les chants des espèces d’amphibiens, notamment chez les espèces qui l’utilisent dans la reproduction ainsi les perturbations sonores impactes le succès reproducteur de ces espèces… Prenons l’exemple de la rainette verte (Hyla arborea), (thèse de Mathieu Troïanowski) :

Rainette verte, Hyla arborea (source : inpn)
Rainette verte, Hyla arborea (source : inpn)

La rainette verte utilise des signaux acoustiques lors de la reproduction (sons entre 200 et 4 000 Hz), les femelles utilisent le chant produit par les mâles pour évaluer leur qualité et s’accoupler avec le meilleur mâle. Ce chant peut être perturbé par le bruit des véhicules qui émettent des sons entre 1 000 et 4 000 Hz.

 

Plusieurs effets ont été recensés : à court terme, l’activité sonore anthropique va diminuer l’activité vocale des mâles. A moyen terme, les rainettes n’ayant pas de plasticité vocale, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent pas adapter leur chant en fonction de la nuisance sonore qui est présentent, vont avoir leur période de reproduction altérée et ainsi nous allons observer une baisse de population.

Comme pour les humains, le bruit affecte la faune sauvage ainsi, il a été prouvé que les activités sonores : augmente le stress des animaux, ce qui va provoquer une diminution de la réponse immunitaire et chez les rainettes, une perte de coloration du sac vocal des mâles. Cela va provoquer une diminution de la reproduction puisque les femelles évaluent la qualité des partenaires grâce à cette coloration.

Conclusion

Nous avons vu que l’utilisation des sons par les espèces animales est diverse et vitale à leur bon développement et à la survie des espèces. Par conséquent, les communications acoustiques sont des éléments inhérents au bon fonctionnement des écosystèmes.

 

Pour réduire ces effets nocifs pour les espèces, des programmes ont été mis en place notamment par l’Unesco qui a mis en place le programme de l’Expérience internationale de l’océan tranquille (IQOE) ou encore sur les chantiers navals où des atténuateurs de bruits sont maintenant installés sur les navires. Toutefois, les normes sur ces installations ne sont pas les mêmes pour tous les pays.

Cachalot macrocéphale, Physeter macrocephalus (source : inpn)
Cachalot macrocéphale, Physeter macrocephalus (source : inpn)

 

Ainsi, les scientifiques se questionnent sur l’adaptation des espèces, pour le moment nous pouvons en conclure que certaines espèces comme les cachalots en Alaska (Physeter macrocephalus), qui utilisent les nuisances sonores des bateaux de pêches comme signale d’un bon repas, pourrons s’adapter… Et d’autres, qui n’ont pas cette plasticité qui ne pourrons s'adapter et où l’on notera une baisse dans les populations voir même jusqu’à l’extinction de l’espèce à long terme.

Leslie CHANGEA