· 

Amiante naturel

Les évolutions scientifiques et réglementaires autour de l'amiante naturel

Quoi de neuf sur l'amiante ?

Interdit en France depuis 1997, l’amiante demeure un enjeu majeur de santé publique et de gestion environnementale. Si les premières politiques de prévention visaient essentiellement les matériaux manufacturés, l’identification de fibres naturellement présentes dans certaines formations géologiques a progressivement élargi le champ d’investigation. L’arrêté du 3 juin 2025, révisant celui du 1er octobre 2019, constitue une avancée déterminante : il clarifie la définition des fibres asbestiformes, renforce les exigences analytiques et intègre explicitement les matériaux naturellement amiantifères. Cette évolution traduit l’intégration des progrès scientifiques dans la norme réglementaire.

De l’usage industriel massif à la vigilance environnementale

L’amiante désigne un groupe de minéraux silicatés capables de cristalliser sous forme fibreuse. Deux grandes familles sont distinguées :

  • Les serpentines, dominées par le chrysotile (amiante blanc), historiquement le plus utilisé ;
  • Les amphiboles, incluant notamment la crocidolite (amiante bleu), l’amosite, la trémolite, l’actinolite et l’anthophyllite.

 Leur structure fibreuse, caractérisée par des fibres longues, fines et à bords parallèles, leur confère des propriétés exceptionnelles de résistance thermique, mécanique et chimique. Ces qualités ont conduit à une exploitation industrielle massive au cours du XXᵉ siècle, en particulier dans le bâtiment et l’industrie lourde.

 

La reconnaissance progressive des pathologies liées à l’inhalation de fibres — asbestose, cancers broncho-pulmonaires, mésothéliome — a conduit à une interdiction totale en France en 1997. Toutefois, cette interdiction n’a pas fait disparaître le risque.

 

D’une part, l’amiante demeure présent dans de nombreux bâtiments anciens. D’autre part, certaines formations géologiques — ophiolites, roches métamorphiques basiques ou métabasaltes — contiennent naturellement des fibres asbestiformes. Cette réalité a fait émerger la problématique de l’amiante environnemental, notamment lors de travaux de terrassement, d’exploitation de carrières ou d’aménagement du territoire.

Le mésothéliome pleural, une maladie liée à l'amiante
Le mésothéliome pleural, une maladie liée à l'amiante (source : https://www.valgo.com/amiante-et-sante/)

La distinction fibre et fragment d'amiante

Au cœur des débats scientifiques figure la distinction entre fibres asbestiformes et fragments de clivage.

 

Les fibres asbestiformes résultent d’un mode de croissance cristalline spécifique, produisant des fibres flexibles, allongées et à fort rapport d’aspect. À l’inverse, les fragments de clivage proviennent de la rupture mécanique de minéraux non fibreux et ne présentent pas la même organisation cristallographique.

 

Or, au microscope électronique, certaines particules peuvent présenter des dimensions similaires. Cette proximité morphométrique a longtemps constitué un point de tension analytique, notamment dans les matrices naturelles complexes. La fiabilité du diagnostic dépend alors d’une analyse morphologique fine, couplée à une caractérisation chimique (Lee et al. 1995).

 

Ces incertitudes ont alimenté la nécessité d’une clarification réglementaire fondée sur des critères scientifiques harmonisés.

Amiante et santé publique : un risque différé mais durable

Classé cancérogène avéré pour l’homme (CIRC, groupe 1), l’amiante se distingue par la latence prolongée des pathologies associées : plusieurs décennies peuvent s’écouler entre l’exposition et l’apparition des premiers symptômes (Arrêté du 24 août 2017). 

 

Le risque sanitaire dépend de plusieurs paramètres :

  • Concentration en fibres inhalées,
  • Dimensions (longueur, diamètre),
  • Biopersistance pulmonaire,
  • Nature minéralogique

Dans le cas de l’amiante naturel, l’enjeu réside principalement dans la dispersion atmosphérique de fibres lors de la manipulation de sols ou de matériaux excavés. La prévention repose donc sur une détection fiable et reproductible (Afnor, 2021). 

Amiante dans l'habitat
Amiante dans l'habitat (Source : https://monimmeuble.com/actualite/dangers-de-lamiante-dans-les-habitations-quelles-sont-les-mesures)

Cadre réglementaire : une structuration progressive

Depuis l’interdiction de 1997, le dispositif normatif s’est densifié. L’intégration des dispositions relatives à l’amiante dans le Code du travail et le Code de la santé publique a été complétée par plusieurs textes structurants.

 

L’arrêté du 1er octobre 2019 constituait jusqu’à récemment la référence pour l’analyse des matériaux et produits susceptibles de contenir de l’amiante. Il définissait :

  • les modalités analytiques,
  • les exigences d’accréditation des laboratoires,
  • les compétences du personnel,
  • les protocoles en microscopie électronique en transmission analytique (META)

À l’échelle européenne, un règlement adopté en 2023 a renforcé les exigences en matière de prévention de l’exposition.

 

Cependant, l’intégration explicite de l’amiante naturel et la clarification morphologique restaient attendues. (Arrêté du 1er octobre 2019). 

Vue d'un microscope électronique à transmission
Vue d'un microscope électronique à transmission

L’arrêté du 3 juin 2025 : une évolution structurante

Publié au Journal officiel le 2 juillet 2025, l’arrêté du 3 juin 2025 modifie en profondeur celui de 2019. Il s’inscrit dans une logique d’alignement scientifique et d’harmonisation des pratiques.

Clarification terminologique

Le texte substitue l’expression « silicates fibreux » par celle de « fibres asbestiformes », plus conforme à la terminologie minéralogique internationale.

 

Un nouvel article 1-1 définit précisément les critères morphologiques :

  • présence de bords parallèles ;
  • rapport longueur/largeur supérieur à 20 ;
  • ou compris entre 3 et 20 sous conditions morphologiques spécifiques.

 Cette formalisation vise à limiter les risques de confusion avec les fragments de clivage.

Télécharger
Arrêté du 3 juin 2025 modifiant l'arrêté du 1er octobre 2019 relatif aux modalités de réalisation des analyses de matériaux et produits susceptibles de contenir de l'amiante, aux conditions de
NOR : TSST2518947A
ELI : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2025/6/3/TSST2518947A/jo/texte
joe_20250702_0152_0008_compressed.pdf
Document Adobe Acrobat 329.8 KB

Le texte ne se limite plus aux matériaux manufacturés contenant de l’amiante ajouté intentionnellement. Il inclut désormais :

  • les matériaux bruts naturellement amiantifères ;
  • les produits manufacturés intégrant de tels composants (granulats, ballasts).

Cette extension consacre réglementairement la notion d’amiante environnemental.

Renforcement des exigences analytiques

Les laboratoires doivent désormais : réaliser des essais annuels de vérification de performance pour la détection de l’amiante naturel ;

  • formaliser une passerelle de compétences entre préparateurs et analystes ;
  • appliquer des dispositions actualisées en META, en cohérence avec l’avis scientifique de l’ANSES du 11 octobre 2023.

L’entrée en vigueur échelonnée jusqu’en janvier 2026 permet une adaptation progressive des structures accréditées.

Dernière évaluation : vers une harmonisation durable

L’arrêté du 3 juin 2025 marque une étape importante dans la consolidation du dispositif français. En intégrant explicitement l’amiante environnemental et en affinant les critères morphologiques, il renforce la robustesse scientifique des analyses.

 

Cette évolution illustre la manière dont les avancées minéralogiques et toxicologiques irriguent progressivement la norme juridique. Elle positionne les laboratoires accrédités comme acteurs centraux de la prévention, à l’interface entre science, réglementation et santé publique.

 

L’amiante, longtemps symbole d’un risque industriel massif, devient ainsi également un enjeu de gestion environnementale territoriale — confirmant que, même près de trente ans après son interdiction, la vigilance reste de mise.

Bibliographie

  • Ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles. 2025. « Décrets, arrêtés, circulaires ».
  • Anses, 2010, Affleurements naturels d’amiante.pdf ». 2017.
  • Houchot, Marie-Anne. 2010. « Amiante, développement et santé durable en Nouvelle-Calédonie ». Les Cahiers d’Outre-Mer 63 (252): 525‑36. https:/doi.org/10.4000/com.6116.
  • Daniau C, Cosson J, Dor F, et DSE. 2008. Exposition environnementale à l’amiante chez les personnes riveraines d’affleurements de roches amiantifères en France continentale. Rapport final.http://opac.invs.sante.fr/index.php?lvl=notice_display&id=1654.